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      Les voix

     

    N’y aurait-il alors que cette voix profonde

     

    perçue jadis dans la forêt d’enfance

     

    et le jardin d’amour et la rivière

     

    et la seule maison vive dans la mémoire

     

    où les femmes tissaient les mots de la légende

     

    voix venue de temps immémoriaux,

     

    passant de bouche en bouche

     

    et qui, dans le brouillard, nommait les dieux,

     

    car tout alors baignait dans l’absolue beauté

     

    de leur présence.

     

    Et ils couraient dans les moissons,

     

    mangeaient le pain,

     

    dormaient sur notre paille,

     

    tendres et familiers.

     

    C’est en musique désormais que leurs voix

     

    et la voix des femmes se prolongent

     

    et s’efforcent vers nous,

     

    vers l’espérance de nos cœurs.

     

    Et c’est alors qu’il faut saisir,

     

    aimer, bercer cette parole

     

    dans la naissance du poème.

     

     

     

    Jean Joubert

     

    Extrait du livre : « Les voix du poème »

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    Le laboureur et le trésor

     

     

    Un laboureur entend un bruit bizarre sous le soc de sa charrue.

    Il va voir, et déterre un coffre rempli de pièces d'or.

    Une fortune pour lui!

    Il l'enterre au fond de son jardin. Qu'en faire?

    Il imagine quantité d'achats possible et décide finalement… de ne rien décider.

    Ce coffre de pièces d'or, ce trésor sera sa sécurité en cas de coup dur.

    Et cette sécurité change son caractère : de tendu, le voilà relaxé, de grincheux il

    devient aimable, d'intolérant il devient tolérant…

    …Il vit une belle vie, heureuse, sachant que quoiqu'il lui arrive, il pourra faire face.

     

     

    Sa dernière heure arrive.

    Avant d'expirer, il réunit autour de lui ses enfants et leur livre son secret.

    Puis il meurt.

    Le lendemain, ils creusent à l'endroit indiqué, et trouvent le coffre, mais… il est

    VIDE!

    Le laboureur s'était fait voler son or des  dizaines d'années auparavant!

     

    Contrairement à ce que l'on pourrait croire, dans notre vie courante, nous sommes en permanence hypnotisés.

    Nous sommes hypnotisés par de fausses croyances, et nous nous comportons comme si elles étaient la réalité.

    Le laboureur avait-il tort d’être heureux?

    Certainement pas. Il aurait eu tort… d’être malheureux, tout comme ceux qui se croient incapables d'inspirer l'amour, de réussir ou de devenir riches.

    Le champ de nos possibles est infini.

    Et si ce laboureur s'était cru dépossédé parce que son coffre de pièces d'or avait disparu, aurait-il dû en être désespéré ?

     

    Nous sommes tous riches. 

    Riches de potentialités extraordinaires.

    Riches parce que nous sommes uniques.

    Riches parce que nous vivons.

    Souvent, je suis étonné par le désespoir de personnes qui manquent d'argent.

    Elles se croient pauvres.

    Je leur demande : 

    combien seriez-vous prêt à me vendre votre main gauche? Et votre main droite? Et votre jambe gauche? Bien souvent aucune somme ne serait suffisante pour payer tout cela.

    Le simple fait de vivre est une richesse.

     

     

    Le fait de voir des couleurs, la beauté de la nature est une richesse – demandez à un aveugle.

    Le fait d'entendre les sons, leur harmonie comme leur discorde, de goûter le silence, d'être porté par la musique est une richesse – demandez à un sourd.

    Le fait de pouvoir se déplacer, monter un escalier, sauter, courir est une richesse – demandez à une personne qui est en fauteuil roulant.

    Le fait de pouvoir savourer les goûts, les saveurs, les nuances des aliments est une richesse – demandez à celui qui a perdu le goût.

    Le fait de sentir, d'aimer, de rire, de manger, de toucher, de savoir lire et écrire, d'avoir chaud…

     

     

    La liste de nos richesses quotidiennes, que nous oublions d'apprécier, tant nous sommes hypnotisés par d'autres préoccupations, est bien longue!

     

     

    Nous avons tous, au fond de notre jardin intérieur, un trésor caché, qui vaut beaucoup plus que toutes les pièces d'or du monde…

     

     

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  • Dis-moi un mot, fais-moi un geste.

     

    Dis-moi un mot, fais-moi un geste

    Tu vois j'ai fait le premier pas

    Bien sûr je n'ai pas dit « je t'aime »

    Mais pourtant je chante pour toi

    Parce qu' il y a dans ton sourire

    Un monde que je ne connais pas

    Et comme c'est trop peu de le dire

    Je voudrais le vivre avec toi.

     

    J'aimerais t'écrire des poèmes

    Sur des mots que j'inventerais

    Des mots plus forts que des « je t'aime »

    Des mots que toi tu comprendrais

    Puis me perdre dans ton regard

    Me laisser aller au bonheur

    Oublier s'il est tôt ou tard

    Perdre toute notion de l'heure.

     

    Dis-moi un mot, fais-moi un geste

    C'est peu et beaucoup à la fois

    Et si c'est tout ce qu'il nous reste

    J'aurai quelques regrets, je crois

    Et je garderai dans mes rêves

    Le plus beau souvenir de toi

    Où tu me dis du bout des lèvres

    Tous ces mots que l'on dit tout bas.

     

    Moi j'ai besoin d'aimer pour vivre

    J'ai tant besoin de ton amour

    Et pas seulement pour survivre

    Mais pour exister au grand jour

    Moi j'ai besoin de la tendresse

    Que tu as jusqu'au bout des doigts

    Pour échapper à ma détresse

    Et reprendre confiance en moi

     

    Dis-moi un mot, fais-moi un geste

    Même si cela ne se fait pas

    Dans cette vie qu'est-ce qu'il nous reste

    De beau si l'on ne s'aime pas

     

    Dans cette vie qu'est-ce qu'il nous reste

    De beau si l'on ne s'aime pas

     

    Pierre Coutreau - juillet 1987

     

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  •  

     

     

    Petit chant à la vie

     

     

    Tous nous avons nos peines à porter,

    Nos joies sont là pour nous envoler,

    De petits riens qui forment un univers

    De douceurs, tel un ciel de mers…

     

    Un jour il n’y aura plus de guerre,

    Un jour il n’y aura plus de haines,

    Juste passion du cœur à apprivoiser,

    Juste miel à faire couler dans du fer.

     

    Tous nous avons à l’âme des peines,

    Il faut les laisser cohabiter,

    Exister, pour les petits bonheurs laisser

    Entrer, pour d’étoiles à l’instant s’envoler

     

    Les peines sont là pour s’exprimer,

    Ont différentes formes d’existences,

    Sur long chemin, sont les gouttes de rosée

    A mieux nous faire apprécier le soleil

     

    Les joies sont là tout simplement en séance,

    Enrichies les Rosées qui s’en vont nourrir

    Les graines de rêves, en émerveilles

    Eclos sans mur, en fleurs vont s’ouvrir.

     

    Un jour il n’y aura plus de mesquineries,

    Plus de violence, plus de cris sourds sans espoir

    D’entente, plus aucune larmes de sang souillées

    Par des psychés déréglés, atteints de folies

     

    Folie de ne savoir exister, raison noire…

    Savoir bel amour laisser naître, s’embraser

    Dans tous ses atours, laisser voir cette passion

    Derrière notre miroir, voila ce qui importe

     

    Folie de se perdre dans tout ce qui fait mal,

    De solitude de l’âme en explosion…

    Savoir passer murs, pas se perdre en dédale

    D’apparence trompeuse, voila qui importe.

     

    Tous nous avons nos peines à porter,

    Nos joies sont là pour nous envoler,

    De petits riens qui forment un univers

    De douceurs, tel un ciel de mers…

     

    Le « petit rien » c’est la coccinelle qui s’envole,

    Papillon qui pose un instant sur corolle,

    Une filante saluant le voyageur

    Posé sur l’herbe, en repos pour l’heure

     

    Le bonheur est tout cela, inextricable,

    Bouillonnant et remuant, lumière ineffable,

    Dirait celui d’amant souriant à la Vie :

    Le bonheur c’est l’amour, pour moi c’est vous ma mie

     

    Le bonheur est tout cela, inextricable,

    Bouillonnant et remuant, lumière ineffable,

    Bougeant sans cesse, pour père et mère, les enfants

    D’amis à parents, sang de toutes les couleurs.

     

    Le bonheur, c’est tout ce qui existe,

    C’est vous, nature qui longe la piste,

    Il faut juste nous y ouvrir, et accepter

    Joies et peines, apprendre le tout à partager.

     

    Il y a aura encore âmes, un jour j’espère,

    Etres Humains, pour dire du coeur, grâce sur terre,

    Il n’y a plus de guerres, plus de tueries,

    Plus de violences sur autrui… « Juste » la vie…

     

     

     

    © Pascal Lamachère

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  •  

     

    Vieux de la vieille

    Théophile Gautier

     

    Par l’ennui chassé de ma chambre,

    J’errais le long du boulevard :

    IL faisait un temps de décembre,

    Vent froid, fine pluie et brouillard ;

     

    Et là je vis, spectacle étrange,

    Échappés du sombre séjour,

    Sous la bruine et dans la fange,

    Passer des spectres en plein jour.

     

    Pourtant c’est la nuit que les ombres,

    Par un clair de lune allemand,

    Dans les vieilles tours en décombres,

    Reviennent ordinairement ;

     

    C’est la nuit que les Elfes sortent

    Avec leur robe humide au bord,

    Et sous les nénuphars emportent

    Leur valseur de fatigue mort ;

     

    C’est la nuit qu’a lieu la revue

    Dans la ballade de Zedlitz,

    Où l’Empereur, ombre entrevue,

    Compte les ombres d’Austerlitz.

     

    Mais des spectres près du Gymnase,

    A deux pas des Variétés,

    Sans brume ou linceul qui les gaze,

    Des spectres mouillés et crottés !

     

    Avec ses dents jaunes de tartre,

    Son crâne de mousse verdi,

    A Paris, boulevard Montmartre,

    Mob se montrant en plein midi !

     

    La chose vaut qu’on la regarde :

    Trois fantômes de vieux grognards,

    En uniformes de l’ex-garde,

    Avec deux ombres de hussards !

     

    On eût dit la lithographie

    Où, dessinés par un rayon,

    Les morts, que Raffet déifie,

    Passent, criant : Napoléon !

     

    Ce n’était pas les morts qu’éveille

    Le son du nocturne tambour,

    Mais bien quelques vieux de la vieille

    Qui célébraient le grand retour.

     

    Depuis la suprême bataille,

    L’un a maigri, l’autre a grossi ;

    L’habit jadis fait à leur taille,

    Est trop grand ou trop rétréci.

     

    Nobles lambeaux, défroque épique,

    Saints haillons, qu’étoile une croix,

    Dans leur ridicule héroïque

    Plus beaux que des manteaux de rois !

     

    Un plumet énervé palpite

    Sur leur kolbach fauve et pelé ;

    Près des trous de balle, la mite

    A rongé leur dolman criblé ;

     

    Leur culotte de peau trop large

    Fait mille plis sur leur fémur ;

    Leur sabre rouillé, lourde charge,

    Creuse le sol et bat le mur ;

     

    Ou bien un embonpoint grotesque,

    Avec grand’peine boutonné,

    Fait un poussah, dont on rit presque,

    Du vieux héros tout chevronné.

     

    Ne les raillez pas, camarade ;

    Saluez plutôt chapeau bas

    Ces Achilles d’une Iliade

    Qu’Homère n’inventerait pas.

     

    Respectez leur tête chenue !

    Sur leur front par vingt cieux bronzé,

    La cicatrice continue

    Le sillon que l’âge a creusé.

     

    Leur peau, bizarrement noircie,

    Dit l’Égypte aux soleils brûlants ;

    Et les neiges de la Russie

    Poudrent encor leurs cheveux blancs.

     

    Si leurs mains tremblent, c’est sans doute

    Du froid de la Bérésina ;

    Et s’ils boitent, c’est que la route

    Est longue du Caire à Wilna ;

     

    S’ils sont perclus, c’est qu’à la guerre

    Les drapeaux étaient leurs seuls draps ;

    Et si leur manche ne va guère,

    C’est qu’un boulet a pris leur bras.

     

    Ne nous moquons pas de ces hommes

    Qu’en riant le gamin poursuit ;

    Ils furent le jour dont nous sommes

    Le soir et peut-être la nuit.

     

    Quand on oublie, ils se souviennent !

    Lancier rouge et grenadier bleu,

    Au pied de la colonne, ils viennent

    Comme à l’autel de leur seul dieu.

     

    Là, fiers de leur longue souffrance,

    Reconnaissants des maux subis,

    Ils sentent le coeur de la France

    Battre sous leurs pauvres habits.

     

    Aussi les pleurs trempent le rire

    En voyant ce saint carnaval,

    Cette mascarade d’empire

    Passer comme un matin de bal ;

     

    Et l’aigle de la grande armée

    Dans le ciel qu’emplit son essor,

    Du fond d’une gloire enflammée,

    Étend sur eux ses ailes d’or !

     

    Théophile Gautier, Emaux et camées

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