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poésies choisies pour vous 

 J'arrive où je suis étranger

Poète : Louis Aragon (1897-1982)

Recueil : La Diane française (1944).

 

Rien n'est précaire comme vivre 

Rien comme être n'est passager 

C'est un peu fondre pour le givre 

Et pour le vent être léger 

J'arrive où je suis étranger 

Un jour tu passes la frontière 

D'où viens-tu mais où vas-tu donc 

Demain qu'importe et qu'importe hier 

Le coeur change avec le chardon 

Tout est sans rime ni pardon 

Passe ton doigt là sur ta tempe 

Touche l'enfance de tes yeux 

Mieux vaut laisser basses les lampes 

La nuit plus longtemps nous va mieux 

C'est le grand jour qui se fait vieux 

Les arbres sont beaux en automne 

Mais l'enfant qu'est-il devenu 

Je me regarde et je m'étonne 

De ce voyageur inconnu 

De son visage et ses pieds nus 

Peu a peu tu te fais silence 

Mais pas assez vite pourtant 

Pour ne sentir ta dissemblance 

Et sur le toi-même d'antan 

Tomber la poussière du temps 

C'est long vieillir au bout du compte 

Le sable en fuit entre nos doigts 

C'est comme une eau froide qui monte 

C'est comme une honte qui croît 

Un cuir à crier qu'on corroie 

C'est long d'être un homme une chose 

C'est long de renoncer à tout 

Et sens-tu les métamorphoses 

Qui se font au-dedans de nous 

Lentement plier nos genoux 

Ô mer amère ô mer profonde 

Quelle est l'heure de tes marées 

Combien faut-il d'années-secondes 

À l'homme pour l'homme abjurer 

Pourquoi pourquoi ces simagrées 

Rien n'est précaire comme vivre 

Rien comme être n'est passager 

C'est un peu fondre pour le givre 

Et pour le vent être léger 

J'arrive où je suis étranger.

 

Louis Aragon.

 

===

Titre : À Jeanne

Poète : Victor Hugo (1802-1885)

Recueil : Les chansons des rues et des bois (1865).

 

Ces lieux sont purs ; tu les complètes. 

Ce bois, loin des sentiers battus, 

Semble avoir fait des violettes, 

Jeanne, avec toutes tes vertus.

 

L'aurore ressemble à ton âge ; 

Jeanne, il existe sous les cieux 

On ne sait quel doux voisinage 

Des bons coeurs avec les beaux lieux. 

 

Tout ce vallon est une fête 

Qui t'offre son humble bonheur ; 

C'est un nimbe autour de ta tête ; 

C'est un éden en ton honneur. 

 

Tout ce qui t'approche désire 

Se faire regarder par toi, 

Sachant que ta chanson, ton rire, 

Et ton front, sont de bonne foi. 

 

Ô Jeanne, ta douceur est telle 

Qu'en errant dans ces bois bénis, 

Elle fait dresser devant elle 

Les petites têtes des nids.

 

Victor Hugo.

 

 

 

 

 

 

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P
coucou Simone<br /> Merci pour le partage de tes magnifiques poésies choisies pour nous<br /> gros bisous<br /> martine
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